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   Le comédien F.Berléand, le gilet jaune et...La lutte des classes

jeudi 21 février 2019, par Mohamed El Bachir

« Ils sont tellement fascinés par le rendement de l’outil qu’ils ont perdu de vue l’immensité infinie du chantier. » (Cheikh Amidou Khane : L’aventure ambiguë) Les comédiens

« Depuis le début, ils me font chier les gilets jaunes. Je comprenais les revendications et puis quand on sort de Bordeaux et qu’on voit une file de camions tout ça parce qu’il y a 20 personnes qui bloquent. Comment 20 personnes peuvent emmerder autant de monde  ? » (1)

Les propos cités ci-dessus ont été exprimés par le comédien F.Berléand qui, sans se rendre compte, a joué le rôle de porte-parole de la ’’France aisée’’. Celle qui ressent sans comprendre.

Des propos qui font écho à l’arrogance et au mépris maintes fois manifestés par le banquier devenu Président de la République française...Et en affirmant que « si être ’’gilet jaune’’, c’est vouloir moins de parlementaires et que le travail paie mieux, moi aussi je suis ’’gilet jaune’’ » (2), le chef de l’Etat français semble répliquer au comédien...Sans transition, on passe à l’acte suivant.

Le grand débat et le gilet jaune

Tout d’abord, une scène imaginaire : ’’sous une pluie battante et glaciale, une immense foule de gueux trempés jusqu’au os, mécontente de son sort, écoute Jupiter qui, pour la calmer, lui explique pourquoi il pleut.’’ Le grand débat ouvert par le chef de l’Etat ressemble à cette scène. Car ce dernier croît qu’il suffit de parler et d’expliquer pour se faire comprendre. Ce qui sous-entend que ce qu’il affirme est vrai. Pourtant, il va de soi que pour se faire comprendre, il ne suffit pas de parler et d’expliquer, il faut tout d’abord démontrer !

Démontrer ? Il n’y a rien à démontrer ! Tout est écrit, entre autres, dans le traité de Maastricht.

C’est dire que « la crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire. » (3) . Mais rentrons dans le vif du sujet.

L’orientation économique et politique que défend le Président E.Macron et qui se décline en démantèlement des services publics et l’ouverture des frontières sans contrainte à l’oligarchie financière mondiale s’inscrit dans le dogme néo-libéral, légitimé en France dans les années 80.

Avec E.Macron, les derniers verrous ont été brisés. C’est à dire, on ose maintenant affirmer sans prendre de gants que vendre le bien commun de la ’’tribu’’ est un progrès. Et on justifie cette vente en affirmant que cela permettra de lutter contre le chômage. Affirmation qui reste à démontrer ! De plus, destruction du Code de travail aidant, le travailleur flexible et mobile avec ’’ l’épée de Damoclès chômage’’ suspendue au-dessus de sa tête devient une variable docile pour le patronat. Une variable qui facilite la convergence vers la servitude. Ceci d’autant plus facilement que les forces de résistance des travailleurs sont de plus en plus affaiblies, voire, collaborent avec l’ordre établi.

C’est dans ce périmètre idéologique tracé par l’oligarchie financière que le ’’citoyen’’ est invité à ’’débattre’’ et à ’’choisir librement’’ le chemin à parcourir. Mais tous les chemins proposés se ressemblent, seul le rythme de la marche varie, en fonction des circonstances politiques. D’où la question : dans un tel cadre idéologique que signifie Démocratie...Citoyen ?

Car les femmes, les hommes réels sont divisés entre ceux qui n’ont que la vente de leur force de travail pour vivre ou survivre avec tous les degrés intermédiaires propres à chaque société et ceux qui les exploitent. Aussi penser les humains dans leur réalité c’est penser le conflit, les luttes, sans fin, pour l’émancipation, contre ceux qui ne veulent que privilèges et asservissement.

Et donc si débat il faut, il ne peut être enfermé dans les critères imposés par le Fond monétaire internationale (FMI), la Banque Mondiale (BM) et l’Organisation mondial du commerce (OMC). Des critères que la Commission de Bruxelles impose telle une ’’Loi naturelle’’. Aussi, il ne faut pas s’étonner que, d’une simple revendication sociale, la baisse de la taxe carbone, le mouvement insufflé par les gilets jaunes est passé à un stade politique et idéologique où cette ’’Loi naturelle’’ est omniprésente mais hors débat... D’où la deuxième question : la souveraineté politique et économique de la France est-elle réelle ?

Le vrai débat

Pour perpétuer cet état de fait, la classe dirigeante est prête à céder sur la forme : dissoudre l’Assemblée nationale, instaurer la proportionnelle...Tenir un référendum d’initiative citoyenne (RIC) . Mais en revanche est-elle prête à organiser un référendum : pour ou contre la nationalisation des moyens de productions, y compris les services publics ?

1°) Un oui aux nationalisations signifie un non à la dissolution de la France dans un espace géo-politique dont le Maître est à Washington... Et imposera de nouveaux défis au peuple français. Certes, difficiles à assumer mais ils ouvriront de nouvelles perspectives économiques et politiques auxquelles d’autres peuples de par le monde aspirent. Des défis dont le fruit est l’émancipation individuelle et collective. Mais cette émancipation exige un prix à payer. Et c’est ce prix qui donnera corps au peuple français... Et rendra superflue la présence de drapeaux bleu, blanc, rouge dans les salles de classes.

Ce qui nous ramène de nouveau au mouvement des gilets jaunes. Un mouvement à deux visages. L’un visible qui rassure la classe dirigeante parce que récupérable. Un visage où s’y greffent des boutons malsains. A défaut de les enlever, il faut les dénoncer par principe.

L’autre visage est insaisissable parce que politique au vrai sens du terme...Et toute proportion gardée, il fait penser à la pièce de théâtre de Jean Gênet, le balcon (4)... Une pièce où le comédien F.Berléand avec son propos cité plus haut est tout indiqué pour y jouer le rôle du bourreau. Dans tous les cas, F.Berléand ne mérite nulle menace mais plutôt de l’indulgence.

Le balcon et ...La lutte des classes

Le bourreau : Je cogne ? Monsieur le Juge, je cogne ?

Mais qui jouera le rôle du Juge ?

Sans hésitation, le rôle revient à E.Macron.

Le Juge : J’ai rendez-vous avec plusieurs magistrats. Nous préparons des textes de lois, une révision du Code. (Au Général) Vous ?

Le Général : Oh, moi, vos idées traversent ma pauvre tête comme la fumée traverse une cabane en planches.

Il faut souligner que ces échanges ont eu lieu dans le bordel tenu par Irma ... Irma : Il me semble que la révolte n’a pas pour but la prise du Palais Royal mais le saccage de mes salons. J’ai peur, Carmen. Pourtant, j’ai tout essayé, même la prière.

Rentre dans le bordel, Arthur, l’envoyé de la Reine.

Arthur, s’adressant au Chef de la police : ...Les révoltés sont les maîtres un peu partout...Les femmes sont les plus exaltées. Elles encouragent au pillage et à la tuerie. Mais la plus terrible, c’est une fille qui chantait. Le Chef de la police : En somme, je suis coincé au bordel. C’est donc du bordel qu’il me faudra agir.

Dans ce bordel où l’Évêque..L’Esclave...Et la Reine ont fini par s’y réfugier. Mais qui jouera le rôle d’Irma, la tenancière du bordel ?

Pour la distribution des rôles, il faut faire confiance au professionnalisme de F.Berléand. Il choisira les personnalités les mieux appropriées. Et sans lui manquer de respect, il n’est pas inutile de préciser que, pour des raisons que seuls les responsables de l’Elysée et de Matignon connaissent, A.Benalla est dans l’impossibilité de jouer dans cette pièce....Héros dans un feuilleton qui donne à la République française, une vague allure de République bananière... Mais sans bananes !

(1) https://www.valeursactuelles.com/so...

(2) http://www.leparisien.fr/politique/...

(3) https://blogs.mediapart.fr/david-be...

(4) Jean Gênet : Le balcon. Folio. Pa...