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  La gauche française peut-elle être internationaliste en 2021 ?

jeudi 25 mars 2021, par Joseph Saint Pierre

Il y a eu en ce mois de mars 2021, la commémoration du 150ème anniversaire de la Commune de Paris et de sa répression. C’est à la fin de la Commune en 1871 qu’ont été écrites les paroles d’un chant révolutionnaire très célèbre "L’Internationale". Cette chanson, en russe, a été l’hymne de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) de 1922 à 1944. Son titre, ses paroles et sa diffusion montre une liaison forte entre l’histoire de la gauche politique et l’internationalisme. L’hymne a été écrit à la gloire de l’Internationale Ouvrière. Le parti socialiste français s’est appelé Section Française de l’Internationale Ouvrière, la SFIO. L’internationalisme est toujours présent dans la gauche même si la fin de l’URSS et une mondialisation économique marchande semble lier l’internationalisation à la globalisation de l’économie capitaliste. Cela ne s’oppose pas du tout à une vision internationale des enjeux politiques. Les conséquences du développement économique ont mis en évidence des conséquences globales de nature écologique, l’exemple le plus perceptible étant le changement climatique lié aux dégagements de gaz à effet de serre. L’écologie concerne des problèmes très locaux, régionaux ou mondiaux. Si l’écologie est mondiale les enjeux économiques et les inégalités sont aussi mondiaux. Une approche nationale sur les inégalités ne tient pas assez compte de la circulation des matières premières des produits fabriqués ou des produits agricoles et même des services...

La gauche et les savoirs.

Une des inégalités combattues dans l’histoire, par ce que l’on nomme la gauche, concerne les savoirs, les connaissances, l’instruction, l’éducation pour tout le monde, et non réservés à une élite. Cet accès aux connaissances est souvent préalable à tout combat contre les inégalités. Le combat pour l’accès général aux savoirs a longtemps été lié à la religion et à des structures historiques anciennes, la noblesse, le clergé et le tiers état. Si il n’y a plus vraiment de clercs, il y a maintenant des experts qui sont sensés savoir beaucoup plus de choses que le reste de la population. Les questions politiques sont étudiées dans des établissements comme les Instituts d’Études Politiques alors que les enjeux politiques concernent tout le monde. L’expertise politique ne doit pas appartenir à des spécialistes être accessible à toute personne ayant l’âge de voter. Un niveau d’éducation est nécessaire pour pouvoir lire, comprendre, analyser afin de déterminer des choix démocratiques. Or les choix démocratiques sont vastes et complexes et ils concernent souvent des sujets techniques, scientifiques, médicaux etc. Un seul exemple le choix de l’énergie nucléaire a contribué à montrer comment un choix apparemment scientifique et technique élaboré par des scientifiques et validé par le pouvoir politique sans vraiment de consultation démocratique. L’importance de l’expertise scientifique et technique est visible dans d’autres domaines. Dans l’actualité de 2021 la pandémie du coronavirus a amené la création d’un conseil scientifique par le pouvoir central, avec une absence de consultation démocratique, avec le prétexte de l’urgence.

La France, monarchie républicaine.

Les critiques de la cinquième république, accordant beaucoup de pouvoir à l’exécutif et particulièrement à la présidence de la république, sont anciennes. La gauche française après avoir fortement critiqué la cinquième république s’y est adaptée et surtout ce système présidentiel est assez bien accepté malgré des critiques fréquentes et certaines tentatives de modifications comme le renforcement de pouvoirs locaux ou des courtes périodes de cohabitation entre un parlement et une présidence opposés. L’opposition à la monarchie et le choix de la république est historiquement associée à l’opposition entre droite et gauche. L’évolution vers un système plus parlementaire ou un renforcement de la démocratie locale pourrait correspondre à des choix politiques de gauche. Une bonne partie de la gauche française accepte le présidentialisme et semble accorder beaucoup d’importance à ce qui est nommé parfois "la reine des batailles". Les choix des candidats et candidates, les sondages, les pronostics. Un monarque républicain est un monarque, fut-il de gauche, mais cela peut représenter une forme de contradiction avec les valeurs historiques du camp que l’on nomme la gauche.

Internet et la gauche.

Après un démarrage difficile dans les années 1990 le réseau Internet est devenu très utilisé en France. Internet s’est diversifié et enrichi. Ce que l’on les réseaux sociaux utilisent des structures plus anciennes qui sont dans le réseau Internet. On devrait dire des réseaux sociaux sur Internet mais cela devient implicite. Les grandes entreprises de l’Internet ont longtemps été américaines comme Google, Amazon, Facebook mais il y a des entreprises chinoises qui sont très répandues, la Chine représentant un immense marché et qui comme Tik Tok être très utilisées dans le monde entier. Il serait trop simple de voir Internet comme un moyen d’entraîner le monde dans une globalisation américaine. Internet a parfois été vu comme un prolongement du cinéma de Hollywood et des séries télévisées américaines, de la musique américaine, des boissons gazeuses. Depuis quelques années le discours sur l’américanisation du monde a perdu un peu de son importance et sont apparus des craintes assez différentes beaucoup plus locales, régionales, nationales. Les réseaux sociaux sur Internet sont parfois perçus comme extrémistes, complotistes, violents, agressifs. Attention il y a plusieurs réseaux sociaux sur Internet avec des publics assez différents. Le personnel politique mais aussi les journalistes utilisent assez fortement Twitter qui se caractérise par la brièveté des textes. Une des critiques sur Internet concerne l’absence de nuance et d’incertitude. On peut utiliser Internet pour diffuser des mathématiques et la présence des mathématiques sur Internet est bien plus ancienne que l’existence des fameux réseaux sociaux sur ce même réseau, et bien sûr les probabilités sont fortement présentes. Le web a été imaginé au CERN pour l’échange d’informations scientifiques et dans cette institution où l’on étudie la structure des particules atomiques on est confronté à de l’incertitude structurelle. Internet est fondé sur l’utilisation de machines physiques parfaitement rationnelles qui servent à faire des activités scientifiques et rationnelles. Il est paradoxal de constater que ce réseau soit souvent critiqué pour certaines dérives non rationnelles. Heureusement il est aussi possible d’utiliser le réseau Internet pour des discussions raisonnables. Le Café Politique se fera en utilisant le système Zoom qui est fondé sur le réseau Internet. En raison de la pandémie, l’utilisation de Zoom a fortement augmenté. Le fait que les personnes participant aux débats se voient à distance à travers des écrans ne semble pas devoir rendre les débats violents, agressifs. Internet joue sans doute un rôle dans les phénomènes décrits par Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach dans leur livre "L’Archipel Français". L’archipel correspondant à une sorte de perte de l’unité territoriale et politique. Cela se traduit par des résultats électoraux hétérogènes et parfois surprenants comme l’élection de municipalités de gauche dans de grandes villes longtemps considérées comme de droite, Lyon ou Bordeaux.

La gauche et la démocratie directe.

Il n’est pas vraiment facile de mesurer l’opinion politique avec les résultats électoraux et encore moins avec les sondages. Il est sans doute réducteur de considérer les résultats des partis politiques comme des indicateurs fiables de l’opinion. Il y a peut-être une plus grande défiance par rapport aux partis politiques traditionnels et peut-être des volontés d’une démocratie plus directe, une critique des professionnels de la politique et une volonté de concertation citoyenne assez régulière. L’existence de cafés de discussion, comme le Café Politique, montre qu’il peut exister des envies de confronter des idées en dehors des périodes électorales. Dans des discussions il est possible d’exposer un point de vue plus nuancé qu’en votant pour une liste ou un candidat. Il est possible que de plus en plus de personnes veuillent s’exprimer sur le monde, la société et ont des réticences à déléguer leur choix à un personnel politique. Il est possible d’avoir des idées sans avoir de mandat électoral, sans appartenir à un parti, et même sans avoir le droit de vote. La gauche semble plus favorable que la droite à une évolution vers une démocratie plus directe mais cela va à l’encontre de l’histoire des partis politiques qui ont longtemps eu des grands personnages, dirigeants, élus, tribuns. Le passage d’une démocratie représentative à une démocratie plus directe semble induire une modification des partis politiques et cette modification semble concerner plus la gauche que la droite, la droite pouvant être plus attachée au rôle des chefs, des dirigeants, bien identifiés.

La terminologie sportive intervient dans la politique, les élections sont présentées comme des matches, les seconds tours comme des finales, les candidats comme des champions etc. Une évolution vers la démocratie directe diminuerait l’importance spectaculaire des compétitions électorales auxquelles semblent tenir la plupart des journalistes et une bonne part de la population. Cela est beaucoup plus net pour les élections présidentielles.

L’évolution de ce que l’on nomme la gauche et la droite ne peut pas se réduire à des résultats électoraux dans une organisation politique pour laquelle le choix d’un grand chef occupe une immense place.