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  Entreprises d’état, entreprises privées ou vrais services publics

samedi 2 juin 2018, par Gérard Verfaillie

Il me semble qu’un service public comme celui du rail, de l’électricité ou de l’eau devrait être jugé selon au moins cinq critères :

1. une organisation démocratique interne permettant la participation effective des salariés et des citoyens à tous les niveaux

2. un accès garanti à tous les citoyens quels que soient leurs revenus et leurs lieux d’habitation

3. la qualité du service qui leur est rendu

4. une capacité d’innovation et d’adaptation aux évolutions des besoins et des techniques

5. une organisation efficace permettant de limiter les coûts à la charge de la société

Au regard de ces cinq critères, il n’est pas sûr qu’une entreprise telle que la SNCF obtienne d’excellentes notes : pas loin de zéro concernant le critère 1 et des notes médiocres concernant les critères 2, 3 et 5. En fait, ces entreprises sont plus des entreprises sous contrôle de l’état que de véritables services publics.

Certains, qui n’auront pas tort, diront que la faute en est aux dirigeants d’entreprise et responsables politiques successifs (de droite comme de gauche) qui n’ont eu de cesse de réduire et de désorganiser les services publics pour ensuite plus facilement les détruire au nom de l’efficacité. D’autres, qui n’auront pas tout à fait tort, diront que la responsabilité première est celle de salariés et de syndicats myopes uniquement intéressés par le développement ou la défense de leurs avantages corporatistes. D’autres encore diront que la faute en revient à l’Europe qui impose, y compris contre la volonté des peuples, l’ouverture de tous les services publics à la libre concurrence.

Mais on nous dit que maintenant tout va aller mieux avec la privatisation et la concurrence, c’est-à-dire pour la SNCF avec un retour avant 1938 (un magnifique bond de 80 ans en arrière). Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Les salariés peuvent s’attendre à une réduction de leurs salaires et de leurs avantages, ainsi qu’à un renforcement de l’encadrement interne (voir le passage de France Télécom à Orange). Les usagers ou clients peuvent eux redouter la désorganisation du service et un accès plus difficile et plus coûteux car, même si on réduit les coûts salariaux, il faudra bien payer les actionnaires et les dirigeants, ainsi que le coût de la concurrence (doublons, publicité ...).

Mais il se peut que l’objectif essentiel de la réforme en cours de la SNCF (bizarrement absente du programme du candidat Macron) ne soit pas que cela aille mieux. Après les ordonnances sur le marché du travail, il se peut que cet objectif soit d’adresser, via la suppression du statut protecteur des cheminots, un message à tous les salariés de ce pays : "Nous sommes les nouveaux chefs. Ne luttez plus. Ne rêvez plus. Il n’y a plus de statut, plus de protection. Vous êtes maintenant tous égaux et, chacun individuellement, irrémédiablement seuls face au marché !".

Face à une vague libérale qu’il semble aujourd’hui difficile d’endiguer, il ne nous reste plus qu’à reprendre à la base le combat pour de vrais services publics de l’eau, de l’énergie, de la communication et des transports, le combat de Jean Jaurès qui déclarait en 1911 à propos du rail qu’"Il y a pour la classe ouvrière un intérêt vital à ce que des services publics démocratiquement gérés se substituent aux monopoles capitalistes".