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  Pas de compréhension de l’intelligence artificielle sans une connaissance scientifique et technique de base

mercredi 4 avril 2018, par Joseph Saint Pierre

L’intelligence artificielle, bien qu’assez ancienne est devenue un sujet politique et médiatique assez récemment. L’intelligence artificielle doit sans doute une part de sa popularité à la simplicité des termes qui ne sont pas vraiment des néologismes. Un mot comme cybernétique est une création récente et la cybernétique a une relation certaine avec ce que l’on nomme l’intelligence artificielle, tout comme la robotique, l’automatique. Il s’agit de disciplines récentes qui se sont développées après l’utilisation de l’électricité et l’émergence de ce que l’on appelle l’électronique qui ne serait pas apparu sans la mécanique quantique. L’intelligence artificielle utilise aussi implicitement des connaissances techniques plus anciennes comme l’horlogerie ou l’art de la navigation. La mesure régulière et précise du temps et très souvent aussi la localisation sont essentielles pour des systèmes fondés sur l’intelligence artificielle.

Bien sûr il ne faut pas négliger l’importance du calcul, l’évolution des systèmes pour faire du calcul est un sujet très vaste. L’arrivée de l’électricité, puis de l’électronique a permis d’accélérer fortement les capacités de calcul et surtout la quantité de données. La rapidité des calculs et l’augmentation du nombre de données peut donner l’impression qu’il s’agit de magie. L’inflation de terminologies contribue peut être à rendre les choses obscures. La compréhension de ce qu’est l’intelligence artificielle et des enjeux économiques du sujet par l’ensemble de la population ne peut pas être isolée de la culture scientifique générale de base. Il peut paraître décalé de vouloir développer des activités scientifiques tout en marginalisant l’étude des sciences. La situation politique d’un pays comme la France peut sembler particulière avec un pays dont les élites politiques tendent de plus à passer par des filières comme science politique et l’École Nationale de l’Administration assez éloignées de la culture scientifique. On peut légitimement craindre qu’il s’agit plus de la communication sur les sciences et techniques qu’une réelle prise en charge de la connaissance scientifique.

Il y a beaucoup de fantasmes négatifs concernant le développement de l’intelligence artificielle alors qu’il y de nombreuses petites applications assez anciennes et plutôt utiles comme la correction orthographique, les complétions de mots. Il peut même sembler regrettable que des applications élémentaires ne soient pas utilisées. Gilles Dowek citait lors d’une conférence à Toulouse le 23 janvier 2018, un exemple simple, celui des distributeurs automatiques de billets qui proposent toujours les mêmes menus et ne tiennent pas compte des habitudes de la personne qui vient retirer de l’argent liquide. Il ne serait pas choquant qu’un distributeur de billets se souvienne de la dernière somme retirée par la personne qui s’en sert. L’intelligence artificielle étant fortement liée, actuellement, avec ce que l’on nomme le Big Data, a une interaction avec les statistiques. Il serait dommage que les méthodes de l’intelligence rompent le lien avec le calcul des probabilités et donc la prise en compte de l’incertitude. L’incertitude peut sembler essentielle pour prévoir ce qu’il adviendra de l’intelligence artificielle ce qui peut sembler opposé avec le volontarisme de l’action, assez général chez les politiques.